Conscience du mouvement

Conscience du mouvement

 

De la conscience du mouvement à la négociation de nos habitudes. Aux sources du geste conscient, lieu de réversibilité du mouvement et d’une réorientation toujours possible, se fait le choix de la solution la plus adaptée parmi celles déjà expérimentées. Cette phase de préparation du geste, juste avant son esquisse, est un moment crucial pour l’élaboration du mouvement, période de « mise en action », instant privilégié où tout est encore possible.

Pour illustrer cet état de « pré-mouvement » et éclairer ainsi le processus à la base de la méthode Feldenkrais, un voyage exploratoire est utile, voyage aux sources du geste, dans le domaine de la perception et de l’émergence des sens, voyage au cœur du processus d’élaboration du geste, avant l’expression d’une esquisse de mouvement.

 

Voyage aux sources du geste  (premier épisode : la pensée du geste *)

 

«… Pour Laban, pionnier en matière d’étude du mouvement (et premier grand pédagogue du mouvement) des « impulsions intérieures, non visibles à l’oeil nu », sont à l’origine de toute action. Il met en avant la notion « d’énergie de mise en mouvement », à la fois le senti et l’impulsé, l’impulsion du ressenti dans l’acte émergent, en quelque sorte la « conscience de la mise en mouvement ».

Sous-jacent à chaque séquence de mouvement selon lui, cet élément devient, par exemple pour le danseur, intégré dans son processus de recherche de ressenti et d’expression. Par là il apporte au mouvement une garantie d’authenticité, mais aussi à l’individu une pleine prise de conscience de son geste, une découverte de lui-même.

Cet instant de « mise en action » prend chez Godard l’appellation de « pré-mouvement ». C’est pour lui à la fois le « lieu de renégociation possible avec nos habitudes«  et la « toile de fond » du geste. Il nous explique les mécanismes de fonctionnement depuis la saisie des informations par nos différents capteurs, disséminés sur tout notre corps, jusqu’aux tensions de nos muscles posturaux qui permettent d’anticiper et coordonner nos mouvements, et qui nous guident dans l’apprentissage (ou réapprentissage) de nos gestes.

Il annonce la voie à suivre dès que sont intégrés les mécanismes mis en jeu : « à partir du moment où on a compris que la dynamique de notre schéma postural est le premier élan pour faire un geste ou pour percevoir, la question va être de travailler nos habitudes posturales ».

Se pose alors effectivement, et de façon cruciale, le problème de la confrontation avec nos habitudes, en s’en affranchissant suffisamment pour pouvoir s’adapter,… à un niveau à ajuster en permanence, en quelque sorte un jeu d’équilibre subtil entre l’acquis dont il ne faut pas se trouver prisonnier et la nécessaire adaptation au milieu qui bouge : « tu ne peux pas t’établir seulement avec tes habitudes puisque tu as un univers changeant autour de toi : donc tu es constamment en train de devoir percevoir, de reconstruire…»… Godard met en évidence la nécessité, dans l’appréhension du réapprentissage corporel, d’un dialogue permanent entre conscience du mouvement et négociation de nos habitudes…».

(*) Extraits de thèse V. Robin en Sciences de l’éducation (passage en italiques – tous droits réservés)

 

                                                                         « Le mouvement est l’un des éléments les plus puissants de la construction corporelle et mentale de l’homme »  (R. Laban)