Qualité du mouvement

Qualité du mouvement

 

La qualité du mouvement : du mouvement conscient au mouvement fluide, libéré des tensions, qualifié aussi de mouvement intelligent ou efficient car nécessitant le minimum d’effort.   Avoir pour objectif de l’atteindre implique la disponibilité d’un choix de solutions, d’où la nécessité d’apprendre à tester celles qui s’offrent à nous, apprendre aussi… à en créer de nouvelles.

C’est l’objet d’une éducation du mouvement : élargir son potentiel de gestes, ouvrir la voie à une meilleure harmonie corporelle dans sa vie quotidienne et ses activités sportives ou artistiques.

 

Voyage aux sources du geste  ( troisième épisode : vers la qualité du mouvement *)

« …On a vu que le cerveau pouvait modifier la sensibilité des capteurs en fonction de l’intention motrice. Il en résulterait une possibilité pour lui de les présélectionner en fonction de l’utilisation qu’il prévoit d’en faire. Il pourrait donc « préparer » ces capteurs ou groupes de capteurs, les conditionner.

 

De la construction du geste au schéma postural

Ce mécanisme de présélection est important pour Godard pour qui « il y a déjà des coordinations inscrites, il y a une préconception du mouvement que je vais faire… les muscles sont déjà en mouvement avant d’être innervés ». Cette activité préalable est nécessaire pour que le mouvement soit initié, en raison de la multitude de mouvements à générer, en raison aussi de contraintes inertielles, c’est-à-dire des masses à mettre en mouvement…

Dans ce processus de contrôle de la construction du mouvement Hubert Godard parle de « collectifs d’unités motrices », sortes de coordinations de neurones adaptées à une situation donnée et dont la composition évolue en fonction du contexte. C’est là que se situe la fonction d’inhibition qui permet, à tout moment, de réorienter son intention de mouvement … « si la personne réussit cette inhibition, il y a chaque fois une formidable ouverture vers de nouveaux gestes…».

Godard insiste sur cet état de « pré mouvement ». Il est clair pour lui que ce n’est pas quand il bouge qu’il invente le geste. Il utilise des données inscrites en lui, des coordinations déjà établies. Selon lui il est possible d’utiliser la fonction d’inhibition pour réorganiser des schémas existants. Cela implique de « constamment réorganiser ses propres grilles sensorielles ». Il y a là une exigence de réflexivité et réversibilité permanente. Ce travail d’éducation peut s’inscrire dans une démarche thérapeutique ou pédagogique.

 

Mouvement naturel et synergies

…Comprenant que tous les degrés de liberté ne peuvent être contrôlés par le système nerveux, Bernstein a eu l’idée de l’existence possible de synergies, créées par la nature, entre muscles, groupes de muscles et membres amenés à travailler ensemble, constituant ainsi une sélection de « mouvements naturels ».

C’est aussi la position de Berthoz :« Des mécanismes « sélecteurs de stratégies »choisissent les synergies en fonction du but de l’action.[…] Le mouvement est donc organisé à partir d’un répertoire de synergies qui composent autant d’actes possibles ».

 … Choisir une stratégie consiste à activer le groupe de neurones correspondant. Berthoz précise que c’est le même processus que simuler intérieurement le mouvement : « il suffit d’utiliser les groupements de neurones ainsi constitués ». Les boucles pré-établies permettent la simulation interne du mouvement, et ce… sans exécution effective !

… La nouveauté réside dans le fait que l’on sait maintenant, conclut Godard, « faire une jonction entre comment, pourquoi, qu’est-ce qui marche, et avec une meilleure vision de comment on peut aider quelqu’un à élargir son potentiel de gestes » et ceci est important pour nous pédagogues du mouvement… »

 (*) Extraits de thèse V. Robin en Sciences de l’Education (passage en italiques – tous droits réservés)

 

                                              « Le mouvement c’est la vie. Mettre plus de qualité dans son mouvement, c’est mettre plus de qualité dans sa vie »  (M. Feldenkrais)